Discours du Président de la République à la cérémonie d’ouverture du forum international sur la reforme de l’Etat.

Permettez-moi d’entrée de jeu, de prendre le temps d’adresser à chacun ici présent, au nom du peuple haïtien et en mon nom propre, une cordiale bienvenue au Forum international de la réforme de l’État. Je veux également présenter mes remerciements à vous tous, qui venez d’ici et d’ailleurs, d’avoir répondu en aussi grand nombre à cet événement. Votre présence ici est un témoignage éloquent de l’intérêt que vous portez à la chose publique, au devenir de la nation qui revendique un Etat moderne porté par une administration publique ouverte, compétente, dynamique, déconcentrée, décentralisée et une fonction publique au service du citoyen.

A vous tous et à vous toutes, je souhaite la plus cordiale bienvenue.

Mesdames et Messieurs,

La République d’Haïti est aux prises avec de nombreux défis que vous connaissez bien : défis relatifs au faible niveau du développement humain, à la dégradation de l’environnement, au chômage endémique, à l’aggravation des inégalités dans la distribution des revenus, aux difficultés de la justice, à l’insertion socioprofessionnelle des jeunes, etc. La conjugaison de l’ensemble de ces problèmes est la preuve évidente d’une crise des institutions, d’une crise de la responsabilité collective. Le sentiment général qui se dégage devant ce constat est que les cadres de l’existence collective au cours des trente dernières années se sont dégradés. Pourtant, pour difficiles et impressionnants que sont ces défis, ils ne sont pas insurmontables. Les causes sont connues, les solutions aussi. Il s’agit là, d’abord et avant tout, d’opérer une rupture d’avec ce système qui génère l’instabilité et reproduit la pauvreté. Dès mon investiture le 7 février 2017, j’ai indiqué ma volonté de marquer de façon irréversible, les indispensables ruptures pour faire place au développement endogène du pays.

J’ai maintes fois insisté sur l’importance d’une gouvernance publique assise sur des institutions fortes fonctionnant dans le cadre des principes, des règles et des procédures. J’ai aussi, plus d’une fois, déclaré qu’il n’y a pas de « bonne gouvernance » sans une bonne administration. Joignant les actes à la parole, j’ai instruit le gouvernement de prendre toutes les dispositions en vue de poursuivre de manière déterminée les programmes de réforme en cours.

Mesdames et Messieurs, distingués invités,

Ce forum international nous offre l’opportunité unique de partager les connaissances, les expériences, de définir les priorités et de recommander une ligne de conduite. Il se tient donc dans un contexte où le besoin de l’Etat, le besoin de services publics n’ont jamais été autant exprimés, où le besoin de résultats, d’actions concrètes de la part des pouvoirs publics ne s’est jamais autant fait sentir.

Il devient donc évident que le remodelage de l’instrument par lequel l’Etat conduit l’action gouvernementale s’impose. Aucun Etat, au XXIe siècle, ne peut prétendre se positionner dans la compétition internationale et aspirer au bien-être de ses citoyens sans une administration compétente, c’est-à-dire, capable d’assumer sa mission fondamentale qui est celle de rendre possible le développement économique, social, politique et culturel de la Nation par sa capacité à élaborer et à mettre en œuvre des politiques publiques appropriées.

Mesdames et Messieurs,

Si j’ai choisi de m’exprimer devant vous, aujourd’hui, sur mon engagement pour une administration publique moderne et une fonction publique renforcée, c’est parce que je suis convaincu de cette nécessité de moderniser profondément la gouvernance publique. De profondes réformes sont nécessaires et sont désormais engagées. Nous nous devons, [c’est notre obligation de citoyens et de dirigeants politiques], de travailler sans relâche à leur aboutissement. C’est la condition du renouveau de notre pays.

Cette réforme implique pour nous un changement de paradigme, c’est-à-dire, de culture, de méthodes, du modèle d’organisation de travail, de notre manière d’utiliser les ressources publiques, etc. Elle nous impose de privilégier une certaine éthique du service public. Elle suppose aussi un dialogue permanent entre tous les acteurs du changement. Un dialogue pédagogique, persuasif, qui suscite la motivation, l’appropriation et promeut l’intérêt général. Ce dialogue doit être différent de celui, abstrait, qui a cours dans les cercles ministériels restreints.

Les usagers doivent également pouvoir participer à l’évaluation du service public, notamment par le biais des moyens modernes de communication, les Technologies de l’Information et de la Communication. Il est souhaitable qu’ils interviennent dans les dialogues, que leurs observations soient retenues, et que ces dernières alimentent les décisions ou dispositions de l’administration pour plus d’efficacité du service public.

Vu comme ça, la réforme de l’Etat va impliquer une profonde réorganisation de la fonction publique. Le personnel de l’Etat doit se trouver au cœur de ce changement qui doit transformer les fonctionnaires en de véritables serviteurs publics, pour une fonction publique qui cesse d’ouvrir la voie seulement à l’exercice d’une profession, d’un métier, mais qui devient une véritable vocation.

C’est pour cela que j’avais insisté au cours de la longue campagne électorale sur le fait que l’appartenance à la fonction devrait se baser sur 70% de compétence et 30% de militance. Pour qu’il n’y ait pas de confusion, le vocable militance mérite d’être explicité ici. Pour moi, il renvoie à tout ce qui met de l’avant la passion du pays, le gout de bien faire, un grand sens éthique qui privilégie l’intérêt collectif sur les intérêts particuliers de groupes ou de clans.

C’est l’occasion pour moi d’exprimer toute ma gratitude aux fonctionnaires publics pour leur dévouement et leur sens du devoir dans le travail souvent difficile qu’ils accomplissent au quotidien, au service de la collectivité. On n’oubliera pas combien le séisme dévastateur de 2010 a beaucoup compliqué leur travail par la destruction des espaces de travail qui s’étaient déjà révélés étroits.

Il faut sans doute rappeler, s’il en était besoin, un principe essentiel à toute réforme de l’Etat qui réussit : Il n’y a pas de réforme de l’État réussie si elle ne débouche, entre autres, sur une amélioration de la situation matérielle, morale, du personnel, sans une revalorisation du système de rémunération et des conditions de travail des fonctionnaires sur qui repose l’administration.

Je sais que le statut général de la fonction publique, tel qu’il a été mis en place par les textes antérieurs, est parfois perçu comme un obstacle à la rénovation de la gestion des ressources humaines dans la fonction publique. Une nouvelle loi doit pouvoir corriger et fixer des normes adéquates et nécessaires. Lors du dernier Conseil des Ministres, j’ai instruit le Premier Ministre de faire finaliser l’ensemble des projets de loi portant sur la réforme administrative à soumettre sans délai au vote du Parlement.

Mesdames et Messieurs,

Je me répète, la réforme de l’Etat n’est pas une option. Elle est une condition du renouveau de notre pays. Pour redonner confiance aux citoyens dans leur avenir dans le pays, pour redonner sa place à notre pays dans le concert des Nations, pour redresser l’économie, et améliorer le cadre de la vie collective, une réforme ordonnée, assumée, de l’Etat est indispensable. La réforme de l’Etat n’est pas une tache individuelle. Sa réussite repose sur l’implication de tous, de toutes les institutions de la République ainsi que l’ensemble des citoyens.

Ce forum, dont les actes serviront d’ingrédients pour la formulation du prochain programme cadre de réforme de l’Etat, se veut un lieu de partage d’expériences en vue de capitaliser sur les choix stratégiques de réformes et de s’inspirer de bonnes pratiques ayant permis à certains Etats, pour la plupart, ayant des caractéristiques similaires au nôtre, d’enregistrer des résultats concluants et tangibles.

C’est pour cela que j’ai voulu ce forum, au seuil même de mon mandat, afin d’ouvrir le débat sur les problématiques qui se posent à nous, relatives à ce grand chantier. Ainsi, il sera défini les actions concrètes correspondant aux véritables besoins des citoyens pour une mise en œuvre effective et concrète.

Ayant décidé d’activer la marche du pays vers l’émergence, il m’est indispensable d’impliquer tous les secteurs et acteurs clés dans les réflexions sur la formulation de ce programme. Conformément au dialogue incontournable qu’exige la gestion de la chose publique et que je prône à travers les Etats Généraux sectoriels de la Nation, j’ai donc voulu qu’une large consultation des principaux acteurs, dont vous faites partie, soit organisée afin d’identifier, de manière participative, les besoins auxquels un tel programme devra répondre. Cette période préalable de concertation est indispensable pour collecter vos remarques, conseils et propositions en vue de fournir les outils nécessaires à l’élaboration d’un Pacte pour la Modernisation de l’Etat.

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames, messieurs les membres du Gouvernement,

Mesdames, Messieurs les fonctionnaires de l’Etat

Distingués invités,

Mesdames, Messieurs,

Je cultive une certaine idée de mon pays. Je nourris de grands rêves pour son avenir. Pour les rendre réalisables, la qualité du service public doit être profondément améliorée. L’Etat doit être renforcé. Ce que je viens de vous exposer, en l’occurrence : un meilleur service public au meilleur coût pour les citoyens, des règles de gestion motivantes et équitables pour les fonctionnaires, dessinent les contours de ce nouveau Pacte que je veux conclure avec les fonctionnaires et l’ensemble des citoyens.

Ce pacte, je le veux pour la fin de l’été 2018, en même temps que les recommandations des Etats Généraux de la Nation. L’ensemble des engagements qui y seront inscrits devront être tenus durant mon quinquennat. Je demande au Premier ministre, par le truchement du Coordonnateur général de l’OMRH, de préparer ce document, qui devra consister en des engagements simples, envers les fonctionnaires comme envers l’ensemble des citoyens.

Je ferai un bilan régulier de ce chantier de longue haleine qui sera poursuivi tout au long de mon quinquennat, en veillant à ce que des progrès significatifs soient accomplis sur chacun de ces sujets.

Mesdames et Messieurs,

Les discussions seront ouvertes à tous ceux qui souhaitent faire prendre à la gestion publique le tournant du XXIe siècle. Ensemble, nous allons construire le service public nécessaire à l’émergence du pays. Nous avons tant tardé que nous n’avons plus le droit d’échouer. Nous devons tous aborder l’avenir avec foi et responsabilité. Moi, j’ai la foi et j’assume mes responsabilités. Je les assume dans un esprit de dialogue et d’ouverture. J’irai jusqu’au bout parce que ce chantier est vital pour notre pays.

Je salue la pertinence des thématiques qui seront débattues durant les deux jours du forum. Ainsi :

– La gouvernance démocratique ;

– la modernisation de l’administration et l’innovation dans le secteur public ;

– la décentralisation et le développement local,

– la gouvernance locale,

sont des thèmes aussi passionnants que prometteurs pour la mise en place des réformes institutionnelles pour un État haïtien modernisé et accessible au plus proche des intérêts des citoyens, pour une administration publique apte et qui s’applique à relever des défis importants dont ceux de :

– Renforcer la sécurité intérieure, la protection des frontières et les capacités d’intervention et de protection de la population en cas de catastrophes naturels ;

– Aménager l’espace et réduire la vulnérabilité environnementale ;

– Réorienter et organiser l’économie pour l’innovation, l’emploi et la croissance partagée ;

– Faire des nouvelles technologies un vecteur de croissance et de transformation économique et sociale, d’efficacité et de transparence;

– Faire de l’éducation, la culture, le patrimoine et le territoire une base pour renforcer l’identité, la citoyenneté et l’attractivité du pays ;

Je veux clore mes propos en exprimant, à l’endroit de tous ici présents, ma profonde gratitude pour votre participation compétente à ces assises. En vous renouvelant mes remerciements pour cette mobilisation exceptionnelle qui témoigne de votre intérêt manifeste pour la réforme de l’État, je vous exhorte à débattre en profondeur, à faire preuve d’originalité dans les échanges en vue de formuler des recommandations pertinentes pour une modernisation effective de l’administration publique haïtienne.

Je remercie spécialement tous les partenaires techniques et financiers pour leurs engagements à nos côtés dans cette aventure.

J’espère que les deux journées de travaux seront bénéfiques et les réponses aux questions posées trouveront des solutions appropriées, dans l’intérêt de la population.

Je continue de compter sur la compétence et le dévouement du Coordonnateur Général de l’OMRH, Monsieur Josué Pierre-Louis, et de son équipe qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes pour la réussite de ce forum.

Je déclare donc ouverts les travaux du forum international sur la réforme de l’État.

Je vous remercie.